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Balado – Les Voix du terrain 38 – À la reconquête des façons d’être autochtones pour transformer les communautés

septembre 2026

Série de balados : les Voix du terrain
Série de balados : les Voix du terrain

Les Voix du terrain

Bienvenue aux Voix du terrain, un balado produit par le Centre de la collaboration nationale de la santé autochtone (CCNSA) qui met l’accent sur la recherche innovante et les initiatives communautaires promouvant la santé et le bien-être des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis au Canada.

Épisode 38 – À la reconquête des façons d’être autochtones pour transformer les communautés | Écoutez (en anglais) sur SoundCloud

Description

Dans ce balado, Laura Mueller et X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer), deux doctorantes, chercheuses et mères de Premières Nations, ont une conversation à propos de leurs efforts pour décoloniser les structures de gouvernance communautaires et le milieu universitaire. Elles parlent de leurs rôles en tant que mentores, dirigeantes et défenseures pour favoriser des environnements qui peuvent soutenir la réussite des étudiants autochtones et renforcer le leadership autochtone. Plutôt que d’essayer de modeler les façons autochtones dans des cadres occidentaux, Mueller et X’staam Hana’ax soutiennent que l’adoption des savoirs et des visions du monde relationnelles des Autochtones est essentielle à la transformation et à l’autonomisation des communautés. Elles discutent des moyens d’y parvenir, notamment : en développant des solutions holistiques aux problèmes communautaires plutôt que d’utiliser des approches cloisonnées; en laissant un espace pour la cérémonie dans la gouvernance autochtone; en réintégrant les matriarches en tant que dirigeantes et mentores dans les communautés; en utilisant des méthodes de collecte et de partage des savoirs autochtones pour améliorer l’accessibilité aux connaissances des communautés; et en reconnaissant les systèmes de savoirs autochtones comme égaux aux systèmes de connaissances occidentaux.

Lisez ci-dessous la transcription en français du balado ou téléchargez-la ici (PDF).

Écoutez (en anglais) sur : SoundCloud | Apple Podcasts | Amazon Music | Spotify | YouTube Music.

 


Biographies

Laura Mueller

Laura Mueller est une chercheuse d’ascendance Dakelh et Nêhiyaw, elle appartient à la Première Nation Nak’azdli Whut’en et elle a des liens matrilinéaires avec la Première Nation de Flying Dust. Elle est doctorante en études de l’environnement et des ressources naturelles à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique et travaille à l’intersection des architectures financières et de gouvernance autochtones. Ses recherches remettent en question les modèles économiques dominants en analysant comment la prise de décisions se transforme lorsqu’elle prend ses racines dans la parenté et la terre. S’appuyant sur plus d’une décennie d’expérience en finance, elle fait progresser le travail, qui va au-delà de l’extraction, vers des systèmes qui honorent les façons d’être, de savoir et de faire autochtones, guidés par le protocole traditionnel et la responsabilité envers les générations futures.

 

 

 

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer)

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) est membre de la communauté Ts’msyen, de Kitsumkalum. Nicole appartient au (clan) Ganhada p’teex de la (Maison) Waap de K’oom. Son travail de défense des droits des résidents du nord de la Colombie-Britannique s’étend sur plus d’une décennie. Elle a œuvré sans relâche pour mettre en place une gouvernance décolonisée au sein des organismes communautaires.

Au-delà de ses rôles professionnels, Nicole est profondément dévouée à sa famille. Son mari et elle ont élevé six enfants, en plus de quelques nièces et neveux, et ont aussi le bonheur d’avoir deux petits-enfants fantastiques, qui occupent tous une place spéciale dans son cœur. Les expériences personnelles de Nicole ont eu une influence marquée sur ses actions communautaires.

 

 

 

Transcription

– Musique –

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : [Langue autochtone utilisée]. Bienvenue aux Voix du terrain, une série de balados produite par le Centre de la collaboration nationale de la santé autochtone (CCNSA). Le CCNSA met l’accent sur la recherche innovante et les initiatives communautaires visant à promouvoir la santé et le bien-être des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis au Canada.

– Musique –

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : [Mots de bienvenue et d’introduction en langue autochtone]. Bonjour tout le monde! Je m’appelle Nicole Halbauer. Mon nom Ts’msyen est X’staam Hana’ax, et il signifie « femme victorieuse », et je suis en direct depuis mon territoire traditionnel non cédé le long de Ksyen, la rivière Skeena. Et je suis vraiment heureuse de parler aujourd’hui avec mon amie, ma collègue-doctorante, Laura Mueller.

Nous sommes très reconnaissantes envers le CCNSA de nous offrir cette occasion, et nous voulons simplement acclamer haut et fort tout le travail qu’ils ont accompli au sein des communautés. Et nous tenons à vous remercier de vous joindre à nous et d’écouter notre conversation pendant que nous partageons une tasse de thé et que nous parlons de toutes les choses autochtones auxquelles nous pouvons penser.

Laura Mueller : Merci infiniment de m’avoir invitée, c’est fantastique! J’aimerais donc remercier le Indigenous Research Ambassadors Program [le programme des ambassadeurs de la recherche autochtone] de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique qui nous a réunis aujourd’hui et qui a vraiment inspiré cette conversation.

Alors, je m’appelle Laura Mueller. Je suis membre de la Nation Nak’azdli Whut’en du côté de mon père, et du côté de ma mère j’ai des liens avec la Première Nation de Flying Dust à Meadow Lake, en Saskatchewan. Je demeure actuellement à Prince George sur le territoire traditionnel non cédé de la Première Nation Lheidli T’enneh.

Je suis une doctorante en études de l’environnement et des ressources naturelles à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique [UNBC – Natural Resources and Environmental Studies]. Ma recherche est axée sur l’architecture financière autochtone, donc à la base, je me concentre sur le développement économique autochtone, la gouvernance autochtone traditionnelle et la façon dont nous pouvons potentiellement envisager de nous réapproprier cela.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : C’est fascinant! Eh bien, je suis aussi doctorante à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique, et je faisais aussi partie du programme des ambassadeurs de la recherche autochtone. Mon programme de doctorat est en Sciences de la santé, et mon axe de recherche est sur les expériences des femmes Ts’msyen dans les soins de santé depuis les trente dernières années. Laura et moi avons chacune obtenu une MBA [maîtrise en administration des affaires]; la mienne vient de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique, et toi, Laura?

Laura Mueller : La mienne est également de l’UNBC. Alors j’ai été assurément – ils m’ont beaucoup aidée à m’épanouir à bien des égards. Et j’ai eu tellement d’occasions de participer à des projets de recherche dans le cadre de ce processus aussi, sans lequel je ne sais pas si j’aurais eu cette expérience si j’étais allée dans une autre université. Donc, je suis très reconnaissante envers l’université et le corps professoral, et envers ceux qui m’ont soutenue tout au long de ce cheminement.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : C’est fantastique!

Je demeure à Terrace en Colombie-Britannique, sur le territoire des Ts’msyen, et lorsque je suis retournée aux études à l’âge de 36 ans, avec six enfants à la maison, je ne pouvais me permettre financièrement de déménager à Vancouver pour l’obtention de mon diplôme universitaire. Et donc, j’étais tellement reconnaissante envers notre communauté locale, le Coast Mountain College, et d’être en mesure de transférer cela à l’UNBC, parce que je voulais faire un programme de doctorat, mais je n’avais pas les moyens de déménager ma famille à Vancouver ou à Kelowna, ou à n’importe quel endroit où je devrais rester pendant des années. Alors, je suis très reconnaissante que l’éducation dans le Nord me soit accessible.

Laura Mueller : Avant de passer à autre chose, j’aimerais dire que je suis vraiment d’accord avec cela. C’est en partie la raison pour laquelle j’ai choisi de poursuivre mon doctorat à l’UNBC également, en raison de la communauté, de son environnement entouré de nombreuses Premières Nations, de l’accessibilité aux Premières Nations et à moi-même, une mère célibataire, et de savoir que cela créerait plus de difficultés de déménager dans les grands centres-villes.

Alors, je pense que c’est en fait une chose très courante et une considération pour beaucoup d’Autochtones.

Nicole Halbauer : Alors, parle-moi des études de l’environnement et des ressources naturelles […] afin que je sois suffisamment informée pour mener cette conversation.

Laura Mueller : Mon expérience est en finances. J’étais conseillère principale en finances pendant plus d’une décennie, et j’ai travaillé en finances pendant une vingtaine d’années en entrepreneuriat. Et lorsque je suis arrivée dans le milieu universitaire, j’ai demandé : « Pourquoi y a-t-il autant d’Autochtones qui sont en études de l’environnement? » Et la réponse que j’ai reçue était, parce que tout ce que nous faisons est centré sur la terre. Et au fur et à mesure de mon parcours d’études et de mes recherches, j’en apprenais davantage sur ce que le milieu universitaire pourrait offrir à ma carrière, j’ai en fait découvert et j’en ai conclu que les finances autochtones sont plus proches des études de l’environnement et des ressources naturelles que des concepts occidentaux conventionnels du commerce.

Alors j’ai décidé de poursuivre un doctorat dans ce programme. Il s’agit d’un programme interdisciplinaire, et mon directeur de thèse est en fait le directeur du département en sciences politiques. Il a travaillé avec un certain nombre de différentes communautés des Premières Nations au fil des ans sur des questions de gouvernance. Et quand je l’ai approché pour la première fois, voici en quelque sorte ce que j’ai dit : « En ce moment, nos bureaux de développement économique des Premières Nations sont, pour la plupart, imposés par la colonisation. Et l’infrastructure a été décidée par le gouvernement canadien, et ne reflète pas nécessairement les façons traditionnelles d’être, de savoir ou de faire des Autochtones ».

Et je voulais en quelque sorte m’y plonger davantage : Qu’est-ce qui serait culturellement pertinent pour la richesse, la finance, en quoi cela nous ressemble-t-il réellement? Parce que j’ai eu le privilège d’assister à différents événements et conférences, et je n’arrête pas d’entendre la même chose encore et encore : « Ne développez pas le même système. Ne développez pas le même système ». Et je veux dire, qu’est-ce que cela veut bien dire? Cela pourrait vouloir dire tellement de choses différentes. Et l’autre chose que je n’arrêtais pas d’entendre des PDG du développement économique était : « Nous voulons un modèle financier durable. » Et ce que cela implique. Naturellement nous pensons à l’environnement, naturellement nous pensons à ces sept prochaines générations, mais une grande partie à prendre en compte, c’est qu’une part importante de notre richesse se rattache au contexte communautaire et social, et donc, de quelle façon pouvons-nous réellement créer l’espace dans l’environnement pour aider les gens qui sont dans la pauvreté et qui sont dans la dépendance et l’alcoolisme, et tout ce genre de choses, afin de vraiment atténuer ces traumatismes intergénérationnels?

Une grande partie de mon travail est en fait liée à la santé. Je veux dire, il n’y a aucun moyen de regarder cela sans un point de vue holistique.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : C’est comme cela que je me suis retrouvée dans le programme de maîtrise, c’est parce que j’essayais de comprendre quel était cet élément qui semblait tellement inaccessible. J’ai travaillé en administration de la santé pendant 30 ans, et je me disais : « Il y a quelque chose qui manque ici. »

Et donc, je pensais à toutes les différentes façons de faire un doctorat. Et je me suis dit : « Non, j’ai vraiment besoin de faire un doctorat en santé, un doctorat en sciences de la santé. » Mais, la santé comprend notre environnement, nos ressources naturelles, notre système éducatif, notre structure familiale […] l’intégrité de notre culture. Et j’ai pensé : « Non, je vais le faire en santé et je vais donner une place au récit, parce que cette vision holistique doit venir de tous les aspects. » Nous sommes issus de modèles coloniaux qui sont destinés à nous diviser en systèmes, en silos, en institutions et en structures, au lieu de nous garder en entier.

Et j’ai toujours été vraiment déconcertée que ce soit la partie médicale de la santé qui soit considérée comme la santé. Qu’en est-il de tout ce qui a une incidence sur cela? Et l’une de ces choses – nous savons que la pauvreté est un indicateur majeur, qui influe de diverses façons sur une bonne ou une mauvaise santé, mais un facteur de protection réside dans les réseaux communautaires auxquels vous avez accès; votre accès à vos aliments naturels, à des aliments sains, et à nos propres régimes alimentaires traditionnels, qui sont à bien des égards très, très importants pour nous. Et je me dis que tout cela se rejoint, et que c’est tellement important quand nous tenons compte de ce qu’est la richesse dans notre Nation et de comment nous passons à travers les différents systèmes, les structures coloniales dans lesquelles nous devons survivre et réussir, et nous devons avoir beaucoup de connaissances. Mais comment pouvons-nous concrétiser cela afin que cela se traduise par les mêmes systèmes de gouvernance, de leadership, de développement communautaire et d’éducation qui correspondent à ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes?

Et donc, j’ai trouvé cela vraiment stimulant et vraiment inspirant une fois que j’ai commencé. Et l’une des plus grandes inspirations pour moi a été Nicole Redvers. Je l’ai passée en entrevue dans l’un des balados, et elle parlait d’« épistémicide », et du fait qu’il s’agit de la perte du savoir, la mort du savoir, l’anéantissement du savoir, la dévalorisation du savoir. Et cela m’a vraiment bouleversée. Et puis, j’ai commencé à penser sérieusement : « Je ne veux pas faire le même doctorat, juste aller acquérir encore plus de connaissances coloniales », ce n’était pas mon truc. Et puis, j’ai trouvé le livre de Shawn Wilson Research Is Ceremony, [la recherche est une cérémonie], et Margaret Kovach, et je me suis dit, « non, cela peut être fait différemment ».

Et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans le programme, parce que j’ai un réel désir de prendre les systèmes de savoirs et les structures que mes Aînées connaissent, se souviennent, et vivent, et de les mettre par écrit afin que les générations futures aient des options dans les formes de gouvernance. Et réintroduire une partie de cette beauté, de cette force et de ce pouvoir dans ce qu’était autrefois notre gouvernance, ce qu’elle peut être, et ce qu’elle est en train de redevenir.

Laura Mueller : Et je pense, tu sais, que c’est en grande partie cela qui définit l’intention que je mets dans mon travail, l’orientation que j’essaie de lui donner. Il s’agit d’examiner les systèmes de gouvernance traditionnels, parce que c’est quelque chose que ma Nation essaie également de réclamer actuellement, trouver comment intégrer cela d’une manière qui résonne avec qui nous sommes en tant que peuples. Et je veux dire qu’il y a certaines considérations. Nous savons, bien sûr, que l’activité économique précoloniale ne suffira pas dans ce cas-ci, mais nous pouvons nous appuyer sur ce que nous avons, et nous pouvons le regarder à la lumière de ce contexte contemporain.

Dans une de mes lectures que j’ai faites, il y a un passage où ils mentionnent que le savoir est comme ce panier, ce ballot [sacré], que l’on transporte avec soi, et nous comprenons que nous sommes censés utiliser les outils et les ressources que nos Ancêtres ont utilisés et que ceux qui nous ont précédés ont utilisés. Mais en même temps, nous devons aussi y ajouter quelque chose. Et je pense que c’est très important à prendre en compte. Mais quand tu penses à la jeunesse, et tu sais que 80 % des jeunes autochtones habitent dans les centres urbains, et ils sont tellement déconnectés de la culture et de qui ils sont, et donc, comment pouvons-nous réellement comprendre ce qui fonctionne pour eux également? Comment créons-nous des solutions et des systèmes de gouvernance, qui non seulement honorent les traditions, mais essaient de comprendre comment naviguer dans le monde dans lequel nous vivons?

Je veux dire, une grande partie de la raison pour laquelle les études de l’environnement et des ressources naturelles résonnent autant avec mon travail, c’est qu’il s’agit de savoir comment nous abordons concrètement la résilience climatique, le financement climatique et la divulgation d’information sur le climat et tout ce genre de choses. Donc, nous savons que tout le monde est sur la tendance de la pensée systémique, mais c’est une chose à laquelle les peuples autochtones ont toujours pensé, ce point de vue holistique, tu sais, cette toile d’araignée. Et beaucoup de ce que je vois et qui fait écho dans mon travail est, tu sais, ces nœuds : il y a des gens qui font le travail, c’est la relation entre eux qui s’est en quelque sorte atrophiée. Et comment pouvons-nous réellement comprendre comment – comment nous pouvons rebâtir ces relations?

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Oui, c’est un point capital, comme la toile d’araignée que tu as mentionnée. Le concept selon lequel quelqu’un d’un autre département ou d’un autre établissement pourrait avoir quelque chose à partager dans le travail que je fais ne faisait pas vraiment partie du travail auquel je contribuais dans les années 1990 et 2000. Et c’était vraiment comme si c’était l’objectif, et […] voici le nombre de ressources limité, et voici les contraintes avec lesquelles vous devez travailler. Et puis vous deviez en quelque sorte convaincre les systèmes de changer, mais les systèmes n’ont jamais vraiment changé, c’est pourquoi, lorsque la réconciliation a commencé à prendre racine en tant que terme, j’ai juste – en toute franchise – j’ai juste levé les yeux au ciel et j’ai juste pensé : « Oh, c’est une excellente image de marque, non? »

Et puis maintenant, nous constatons que, parce qu’il y a eu suffisamment de changements pour poser des gestes concrets de réconciliation, nous constatons réellement que cela s’est un peu plus orienté vers des mesures dans les dernières années. Quand on aborde ce sujet, je pense aux initiatives en matière de diversité, d’équité, et d’inclusion, que l’on voit aussi nous accompagner parallèlement en ce moment. Et je réfléchis très fort au fait que c’est vraiment cette diversité de pensées, cette diversité d’expériences, cette diversité de revenus et cette diversité d’expériences vécues qui permet à tout ce changement de se produire. Vous étudiez en ressources naturelles et vous regardez – si vous voyez une monoculture, vous savez que ce n’est pas un environnement durable.

Et alors, pendant si longtemps, nous manquions de diversité dans le leadership, et maintenant, je le vois quand je rentre dans les salles. Quand j’ai recommencé, et cela remonte dans les années 1900, j’étais souvent la seule femme. Et je l’étais très certainement, même si je n’étais pas la seule personne autochtone dans certaines pièces et à certaines tables, ce qui n’est plus le cas désormais. Et je suis tellement fière et honorée de me tenir côte à côte avec certains de ces jeunes qui se démarquent et étudient lorsqu’ils sont jeunes, et qui poursuivent leur cheminement. Et […] cela me donne juste la chair de poule. Les 20 prochaines années vont être différentes, elles vont réellement être différentes, et il y aura des changements. Et nous travaillons à tracer une voie pour les dirigeants, pour qu’ils n’aient pas les mêmes expériences que nous avons vécues.

Je me rappelle la première fois que j’ai obtenu mon premier poste en gestion à Santé Canada. Je vais juste raconter une petite histoire – ma gestionnaire était vraiment une excellente mentore à bien des égards. Mais, maintenant que j’ai dans la cinquantaine, quand j’y repense, je me rends compte qu’en fait, elle était assez condescendante. Mais de toute façon, elle m’a dit – j’avais l’habitude d’avoir les cheveux jusqu’à la taille et je les portais en tresses, parce qu’à l’époque, j’étais une mère célibataire qui essayait juste de payer ses factures et de nourrir ses enfants. Et elle m’a dit : « Écoutez, nous vous avons donné une promotion. Maintenant, nous avons besoin que vous fassiez quelque chose avec vos cheveux. Si vous voulez être promue à nouveau, vous devez avoir une coupe de cheveux plus contemporaine, vous devez arrêter de porter des tresses au bureau. Ce n’est pas très professionnel. » Et elle essayait toujours de m’apprendre à intégrer ce « professionnalisme ». Qu’est-ce que le professionnalisme a à voir là-dedans? Ne m’avez-vous pas simplement promue parce que j’étais vraiment compétente à faire ce pour quoi vous m’avez engagée? Qu’est-ce que ma coupe de cheveux vient faire là-dedans?

Donc, tout cela pour dire que mon objectif a toujours été de m’assurer que nos jeunes ne vivent pas cela lorsqu’ils entrent dans ces postes et dans ces salles de conseils d’administration. Et je veux voir autant de jeunes dans les programmes de doctorat, juste travailler au sein de chaque salle de conseil d’administration dans ce pays et aider à façonner vraiment la façon dont les politiques sont élaborées.

Laura Mueller : Bon nombre de mes projets ont été axés sur l’effacement. Ce mot « légitimer » revient encore et encore, parce que nous essayons toujours d’intégrer les façons d’être Autochtones dans des cadres occidentaux. Et il s’agit toujours d’effacement, d’épistémicide.

Tu sais, quand on pense à la décolonisation et à la réconciliation, très peu de gens ont vraiment une idée fausse à ce sujet […] Je pense que c’était il y a quelques années maintenant, j’avais assisté à un atelier de réconciliation à l’université, et il y avait un certain nombre d’universités différentes là-bas, et c’était tout le corps professoral et le milieu universitaire. Et tu sais, la grande question était : « OK, nous avons la reconnaissance des terres, mais quelle est la prochaine étape? » C’est difficile parce qu’une grande partie de ce que nous faisons, et de la façon dont nous évoluons dans le monde nécessite un travail émotionnel et non payé qui n’est pas reconnu au sein des institutions, du milieu universitaire, et des entreprises. En fin de compte – parce qu’il y a encore si peu de dirigeants autochtones dans ces espaces, même s’il y en a certainement davantage, et c’est stimulant, il nous incombe de créer les soutiens et les ressources nécessaires à la réussite des jeunes qui arrivent.

Et c’est tellement une grande question. Je pense, de quoi avais-je besoin? Et je savais que si je pouvais aider à bâtir des soutiens et des services pour les organisations, pour ceux qui construisent les programmes, c’est ce que je peux faire, parce que j’ai passé tellement de temps dans les affaires et les finances, et à travailler avec des organismes à but non lucratif, et tu sais que j’ai probablement travaillé avec plus de mille entreprises au fil des ans. Et de quelle façon puis-je aider à les soutenir et à favoriser leur réussite afin que les Autochtones puissent recevoir les soutiens et les ressources dont ils ont besoin pour réussir?

Alors, même lorsque nous pensons aux affaires et à la finance, le vrai but ultime est toujours lié à la communauté. Et c’est toujours une question de guérison, et comment nous pouvons commencer à canaliser plus de financement de cette façon et plus de soutien, garder un œil là-dessus et stimuler l’enthousiasme des gens à ce sujet. Parce qu’il n’est pas toujours question d’argent, parfois c’est réellement une question de mentorat et de choses comme cela. Alors, oui, par où commencer avec ce genre de chose, n’est-ce pas?

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Exactement. Je pense que tu as mis dans le mille avec le mentorat, c’est pourquoi je fais cela, parce que nous avons besoin de plus de personnes avec un doctorat dans nos communautés, afin d’être en mesure de mentorer les jeunes, parce que je vous le dis, ce fut un combat. Services aux Autochtones Canada ne paie pas les communautés dans le cadre de leur financement à l’éducation pour réaliser des recherches. Donc, il existe d’énormes lacunes en financement, ce qui nous oblige tous à nous débattre. Ceux d’entre nous qui essaient, comme toi et moi, doivent se démener pour obtenir les mêmes subventions, les mêmes quelques dollars. Et puis, nous devons nous [battre] les uns contre les autres, peu importe notre domaine, peu importe ce sur quoi porte notre recherche. Il y a seulement une poignée de subventions pour demander de l’argent, et je trouve que c’est l’un des plus grands obstacles, parce que, qui veut rivaliser avec d’autres peuples autochtones alors que nous essayons juste de nous soutenir mutuellement, de nous aider mutuellement à nous relever, et de nous pousser mutuellement en avant? N’est-ce pas l’antithèse de ce que sont bon nombre de nos cultures et de la façon dont bon nombre d’entre elles voient nos relations?

Toute cette idée de richesse au sein de nos communautés, et le concept […] dans l’un des livres que j’ai lus cette année, ils l’ont appelé « l’individualisme prédateur ». Là où nous devons tous nous battre pour avoir notre propre part, peu importe la petite part de richesse qu’il y a. Alors que ma [mot autochtone utilisé], ma tante m’a appris qu’il y en avait assez pour tout le monde. Et ma propre culture a le potlatch, où il s’agit de donner et de partager, puis de s’assurer que tout le monde dans la communauté, plutôt qu’une seule personne, reçoit quelque chose. Et accumuler sa propre richesse est considéré comme une maladie mentale.

[…] C’est le concept de l’individualisme prédateur, il peut s’immiscer lorsque nous commençons à devoir rivaliser pour de petites quantités de ressources. Mais nous essayons tous de faire la même chose au sein de nos communautés. Nous essayons de faire de nos communautés des espaces où nous avons quelque chose à apporter. Et je trouve cela vraiment déchirant, le concept selon lequel nos ressources naturelles sont exploitées, et qu’on nous dise que les retombées reviennent à nos communautés, mais alors, pourquoi y a-t-il une coupure avec ce qui nous est offert réellement? Et je pense : « D’accord, alors comment pouvons-nous améliorer la santé au niveau communautaire si tous nos fonds vont être versés à des personnes qui ne viennent pas de notre communauté, qui ne comprennent pas notre culture, notre langue et nos systèmes de parenté, qui ne comprennent pas nos matriarcats au sein de notre communauté et que ce sont toujours des rôles actifs au sein de notre communauté? » Et puis imposer des systèmes ou bâtir des systèmes qui sont censés devoir s’intégrer, et je me demande pourquoi ils ne le font jamais, parce qu’ils ne font pas réellement partie de la communauté. Ils ne germent pas au sein de la communauté, ils ne nourrissent pas la terre et les plantes en nous.

Mais c’est le genre de mentorat, comme quand j’ai commencé […] – comme je l’ai dit plus tôt, je ne pensais pas qu’il y avait de la place pour les savoirs autochtones dans les programmes d’études supérieures. Et maintenant, nous avons Peter Cole, nous avons Margaret Kovach, Shawn Wilson, et Linda Tuhiwai Smith. Partout à travers le monde, les peuples autochtones transforment la façon de faire de la recherche. Et cela m’importe, car cela signifie que je peux prendre et enregistrer les récits que mes Aînées veulent enregistrer d’une manière qui respecte toujours la culture et la langue des Ts’msyen. Et cela peut se faire dans le milieu universitaire.

Tu as évoqué l’effacement plus tôt. C’est vraiment ce que j’essaie de faire, c’est de m’assurer que les récits de mes matriarches ne disparaissent pas. Elles ont passé 50 ans dans les soins de santé; elles savent ce qu’est la lutte. S’il doit y avoir des politiques élaborées, des changements, et des changements systémiques, des changements structurels, leur voix doit en faire partie. Et […] nos jeunes doivent être capables de se retourner, et de citer nos Aînées d’une manière qui les respectent et les honorent.

En 2010, alors que je venais de retourner aux études et que j’essayais de citer ma [mot autochtone utilisé], j’ai échoué pour cet article scientifique parce qu’elle n’était pas une source révisée par des pairs. J’ai dit, surprise : « Révisée par des pairs? Son niveau est bien plus élevé que celui de n’importe quelle révision par des pairs, de quoi parlez-vous? » Je devais littéralement lui rapporter cela et m’assurer que j’enregistrais bien ses mots. Et c’est pour moi insultant de dire que ses paroles ne sont pas dignes. Et maintenant, nous avons un processus, grâce à ces érudits qui sont passés avant toi et moi. Nous avons un processus d’une façon qui est reconnue et, comme tu l’as dit, légitimée pour partager les récits de nos Aînées et les enseignements de notre communauté.

Et donc, c’est là que mon cœur se trouve, c’est comme si nous apportions les récits de nos Aînées, et faisions en sorte que la prochaine génération les cite et dise : « Vous savez, c’est ma politique, [elle est] enracinée dans les enseignements de mes Aînées, et c’est là qu’elle est écrite. ». Et je pense que c’est tellement précieux, tellement important.

Laura Mueller : C’est une pierre angulaire. C’est, c’est tellement essentiel à ce processus. J’ai eu beaucoup de chance, ma Kookum [grand-mère] et ma [langue autochtone utilisée] étaient des guérisseuses, et j’ai été tellement plongée dans ma culture en grandissant, même si, vous savez, du côté de mon père, j’étais [langue autochtone utilisée], j’ai été très élevée en tant que Crie. Ma Kookum fabriquait toujours des mocassins et des garnitures de perles, et j’avais accès à des fumoirs, et je les ai vues utiliser tout l’animal pendant qu’elles retiraient la peau, la tannaient et en faisaient du cuir. Et je n’avais pas réalisé à quel point c’était un privilège, en grandissant. Et tu sais, c’est vraiment difficile d’entrer dans le monde universitaire, d’essayer de comprendre comment apporter cela avec moi, et comment l’honorer d’une certaine façon. Parce que […] je veux dire, si j’essaie de récupérer la gouvernance autochtone traditionnelle, une grande partie de cela est centrée sur la cérémonie, et cela a été maintes et maintes fois ce à quoi j’ai dû revenir, c’est : « Comment puis-je faire de la place à la cérémonie, comment puis-je intégrer cela dans le travail que je fais? ». Parce que je pense, en fait, que c’est central à tout.

Je veux dire que c’est vraiment ce que nous avons perdu; nous avons perdu ce respect. […] Quand on pense au potlatch et à des choses comme ça, ce sont des protocoles cérémoniels. Et encore une fois, c’est tellement drôle, car comment légitimer l’esprit? Comment le légitimer? C’est impossible et ce n’est pas nécessaire non plus, parce que quand vous le ressentez, et quand vous y êtes immergé, quand vous pratiquez une cérémonie, cela n’est pas nécessaire. Parce que c’est tellement puissant, et la manière dont cela se déplace dans nos vies et la façon dont nous lui permettons de se déplacer dans notre travail, il n’y a aucun conteneur qui pourrait contenir quelque chose d’aussi vaste que l’esprit ou ce qu’il signifie pour nous. Comment articulez-vous quelque chose qui n’a pas de contours ou de frontières, ou comment encapsulez-vous le cosmos, et comment citez-vous tout cela?

Je suis allé à un événement du SAGE [Supporting Aboriginal Graduate Enhancement] à l’UBCO [Université de la Colombie-Britannique Okanagan] et en fait, Shawn Wilson était là et c’était vraiment génial de l’écouter parler. Mais l’une des présentations parlait d’évoquer le travail du rêve. En fait, j’ai un article inachevé en ce moment dans lequel je veux faire référence au travail du rêve, mais – j’ai eu cette conversation avec tant de gens et tout le monde a été vraiment encourageant, même ceux qui étaient non-Autochtones, mais c’est une décision audacieuse à prendre. Et si je cite la cérémonie ou le travail du rêve, cela va changer la façon dont les gens me perçoivent. Et je dois faire très attention à cela, car il y a certaines personnes qui pensent que dans ces milieux-là, comme tu le sais, cela manque de professionnalisme. Mais ce n’est pas parce que vous ne comprenez pas, que cela ne soit pas réel ou concret, qu’il n’y a aucun mérite à être qui nous sommes et à nos façons de faire. […] Et il y a une tension constante autour de cela, comment pouvons-nous réellement gérer cette tension dans notre travail et qui nous sommes en tant que peuples et femmes autochtones, n’est-ce pas?

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Oui, tout à fait. Tu as parlé au sujet du professionnalisme, et je t’ai raconté mon histoire au sujet du professionnalisme : qu’est-ce que c’est, et qui décide de qu’est-ce que c’est? Je veux dire, je suis devenue très bonne, mais ensuite, j’ai commencé à décoloniser mes façons de penser et à revenir à qui j’étais vraiment censée être, et je me suis dit : « Le professionnalisme, c’est juste exclure les gens. ». Alors, qui détermine qu’une personne est professionnelle? Et donc, je pense toujours à cela.

Et puis, tu as parlé de rendre légitime le travail du rêve. Et je pense, oui, que j’ai arrêté de penser à légitimer leur professionnalisme il y a très longtemps quand ma tante a commencé à m’apprendre la signification des tresses. Ma mère m’a toujours appris la culture derrière nos tresses, notre famille, notre communauté, notre responsabilité – la famille, la responsabilité de la communauté – se superposant et se soutenant mutuellement. Et j’ai pensé, eh bien, dans tout cela c’est la séparation de ces brins de la tresse qui nous a amenés là où nous sommes maintenant. Donc, je ne pense pas à la façon dont je vais légitimer quelque chose, je pense à la façon dont je vais tresser cela ensemble. Je ne peux pas jeter les structures coloniales, je ne peux pas, ça n’arrivera pas. Mais comment y tresser mes croyances? Comment y tresser les savoirs de ma Nation? Comment puis-je tresser les savoirs de mes matriarches et m’assurer que les savoirs de mes matriarches sont tout aussi forts et puissants que ceux qui essaient de tuer nos savoirs et d’effacer notre voix?

Et donc, l’effacement pour moi c’est énorme. Parce qu’en tant que femme, en tant que femme ts’msyen et en tant que personne née dans la pauvreté, ma voix a été effacée de beaucoup d’initiatives vraiment fantastiques que j’ai vues partout, mais mon nom n’était sur aucune d’entre elles. Et je ne dis pas cela par fierté ou quoi que ce soit, je dis cela parce que c’est ce que le patriarcat colonial a fait – ils ont pris le travail, le travail émotionnel, la souffrance et la douleur, et ils ont effacé cette partie pour mettre les noms des autres à notre place.

Et donc, ce que je veux dire c’est que je tiens à m’assurer qu’à travers le tressage, je tresse à nouveau mes matriarches, je tresse à nouveau leurs réalisations, je tresse à nouveau leur force et leur pouvoir, et je tresse à nouveau les enseignements de mes Ancêtres dans ces systèmes. Afin que cela fasse partie de la force de la base de connaissances sur laquelle les prochaines générations vont travailler, et ainsi tout cela devient plus fort. Et j’y pense que si je tresse tout cela ensemble, je vais rendre cette tresse plus forte. Et donc, c’est la direction que je prends, et je pense que c’est vraiment important de le savoir.

Et quand on parle du travail du rêve et que cela n’est pas professionnel, je pense : « Mais qu’en est-il de l’art? » Nous voyons maintenant tant d’art utilisé dans la recherche, dans les méthodes de recherche qualitatives et quantitatives, et autochtones, comme dans la recherche basée sur les arts, et c’est tellement important. Parce que le but de tout cela est de voir les gens comme des êtres à part entière, d’une manière holistique, au lieu de nous voir comme une liste de symptômes. Et aussi, que l’art donne du contexte à la situation et à qui nous sommes, et que l’art rend les choses accessibles. Et donc, oui, le travail du rêve rend ta recherche accessible.

Laura Mueller : Oui, et c’est juste, pour en revenir aux mots, juste quand nous pensons à la richesse, il n’y a pas de mot cri pour « les affaires » ou « entrepreneur », parce que ces concepts n’existent pas dans notre langue et dans notre façon d’être. Et je travaille actuellement sur un projet d’entrepreneuriat autochtone avec l’Université de l’Alberta. Je parlais à la responsable du programme [qui] travaille actuellement sur un autre programme de revitalisation linguistique, et elle n’a rencontré aucune langue autochtone qui ait réellement ces concepts.

Donc, le concept même de « richesse » est si divergent qu’il n’existe même pas. Et il est plus pertinent sur le plan conceptuel d’utiliser « art » et d’utiliser toutes ces différentes façons de parler, car il est en fait plus proche de la signification de ce qu’il contient que d’essayer et d’adapter quelque chose. Parce que si vous n’avez pas de mot pour cela, cela signifie que ce mot n’est pas destiné à exister. Et il y a une raison à cela, parce que […] une grande part de cela parle de redistribution et de communauté, et nous savons que la façon dont le capitalisme fonctionne ne fait même pas partie de qui nous sommes intrinsèquement, n’est-ce pas?

Alors, j’adore ce concept de « tressage ». C’est la première fois que je l’entends vraiment, et que je le ressens d’une façon où il ne s’agit pas d’essayer de s’intégrer, il ne s’agit pas d’essayer d’enlever, il ne s’agit pas d’essayer de reconstruire, il s’agit juste de se présenter tels que nous sommes et qui nous sommes.

Tu sais, j’ai eu beaucoup de chance de recevoir mon ballot [sacré] de ma Kookum, c’est quelque chose que je transporte maintenant. Et il est de ma responsabilité d’essayer de comprendre toute la signification d’être une porteuse de ballot [sacré]. Chaque fois que nous commençons à parler de choses comme cela, cela me rappelle que je ne suis jamais séparée de cela. Qui je suis, et comment je me présente, et peu importe ce que c’est et à quel point c’est difficile, cela va se manifester dans mon travail parce que c’est ce que je suis. Et c’est le travail que j’ai été appelé à porter.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Oui, et c’est le plus grand enseignement de Shawn Wilson, n’est-ce pas? Montrez-vous tels que vous êtes. C’est l’entière raison pour laquelle je suis ici. Vraiment toute la raison pour laquelle je suis ici. Et je me suis dit, « me voici en train de me conformer, encore », parce que cette acceptation et cette légitimité sont si importantes et si enracinées dans ma tête que parfois j’oublie d’être mon authentique moi – Autochtone. Et pourtant, c’est ce que je plaide depuis, depuis 20 ans. C’est un peu comme si je disais : « Non, non, non, je suis bien comme je suis, à cause des gens qui ont investi en moi. Je ne suis pas un individu, je suis un collectif. » Je suis un collectif de toutes les femmes qui m’ont prise à part et m’ont dit : « C’est comme cela. C’est la bonne voie. Ce n’est pas la bonne voie. Nous t’aimerons, peu importe celle que tu choisiras. » Et elles ont dit : « C’est la voie et ce sont les choses que tu dois savoir. Ce sont les récits de notre peuple. » […] Je suis la collection de ces récits que ces femmes ont partagés avec moi. Je ne suis pas une seule personne, et je ne peux pas me présenter à titre d’un individu professionnel. Je ne suis pas un individu professionnel, je suis un collectif de ceux de mes Ancêtres qui sont venus avant.

Et les femmes, qui encore maintenant, sont dans leurs 80 ans, me diront : « Eh, où en es-tu dans cette recherche? » Les femmes que j’appelle mon « comité de doctorat non officiel, mais plus officiel », que je vois et qui me disent : « Où es-tu? Sur quoi travailles-tu? Pourquoi ne nous as-tu pas encore interrogées? » Et, pour moi, c’est exactement ce sur quoi nous avons parlé, comme, le matriarcat par rapport au patriarcat. Il ne s’agit pas de patriarcat, il s’agit de qui est au sommet d’une hiérarchie.

Pour moi, le matriarcat, c’est comme, qui aidons-nous à venir à nos côtés, n’est-ce pas? C’est faire de la place à tout le monde, c’est ce que nous connaissons aujourd’hui comme étant la diversité, l’équité et l’inclusion, n’est-ce pas? C’est s’assurer que tout le monde a une voix à la table, et que la voix de tout le monde façonne les politiques, façonne l’espace, façonne la façon de concevoir les dynamiques du pouvoir, l’accumulation de richesses, toutes ces choses que le capitalisme et le colonialisme, ou la colonisation ont vraiment volées aux êtres humains. Et il s’agit plus de tout cela que de la hiérarchie et les dommages causés par le patriarcat. Lorsque nous avons parlé de matriarcat la dernière fois, tu avais quelques excellents points de vue à partager.

Laura Mueller: Oui, parce que le ramatriement est tellement un élément fondamental du travail que je fais et que j’essaie d’accomplir. Et je pense que tu l’as vraiment bien saisi, je pense que cela se résume aux dynamiques du pouvoir, soit : qui détient le pouvoir? Qui a l’autorité de prendre des décisions?

Et je pense que c’est ce que nous essayons vraiment de mettre de l’avant ou de revenir vers cela, parce que nos communautés ont toujours voulu que chaque voix ait son mot à dire, et que nous prenions toujours nos décisions en fonction de cela. Et souvent, tu sais, quand on regarde la nature et qu’on regarde la façon dont la nature évolue, même avec le vol d’étourneaux et d’oiseaux, ils placent au centre leurs individus les plus vulnérables et leurs membres les plus vulnérables de la communauté. Et lorsque vous faites cela, tout se met en place et évolue naturellement aux rythmes de la nature. Et je pense que c’est ce à quoi nous essayons de revenir. Tu sais, une très grande partie de notre développement économique, une très grande partie de notre richesse est saisonnière, est cyclique, et nous nous reposons pendant l’hiver. C’est à ce moment-là que nous racontons nos récits, c’est là que nous nous réunissons, et c’est à ce moment-là que le transfert du savoir se produit. Donc, lorsque nous commençons à réclamer toutes ces façons d’être Autochtones, nous allons avancer naturellement au rythme auquel nous sommes destinés.

Nous ne sommes pas séparés de la nature; nous faisons partie de la nature. Et nous le savons, nous n’en sommes qu’une partie, alors qui est-ce qui plaide en faveur des animaux, de la terre et de l’eau? Parce qu’ils en font autant partie et qu’ils sont aussi importants, sinon plus importants que les humains.

Donc, quand nous pensons à la richesse et que nous pensons à cela, une grande partie de celle-ci est créée dans notre écosystème et intégrée dans la façon dont nous apportons réellement toutes ces voix et […] comment en tenons-nous compte pour aller de l’avant? Parce que nous savons que les ressources sont limitées, et que nous devons trouver comment créer un moyen de tenir compte de tout cela, et parfois cela prend du temps. Et je pense que c’est ce qui est le plus difficile, c’est que, tu le sais, quand on constate les profits au détriment des gens, ou les profits au détriment de la nature, et de ces animaux vulnérables – parfois […] nous avons besoin de prendre du recul, pour être en mesure de tenir compte de toutes ces choses.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Je le pense aussi. Et je pense que nous passons beaucoup de temps à parler – toi et moi en particulier – nous parlons vraiment de la dissection des mots anglais et de la langue anglaise, et comment parfois ce n’est tout simplement pas assez riche pour incarner le concept que nous essayons de dire. Et par conséquent, notre communication n’est alors pas aussi puissante en anglais [qu’]elle le serait dans nos langues.

As-tu lu ce livre de Peter Cole? […] Je pense que c’était sa thèse et elle s’intitule Coyote and Raven Go Canoeing: Coming Home to the Village.. […] Est-ce que je peux te lire un extrait au sujet de la langue? Tout d’abord, ce livre est mon rêve, car il utilise la langue anglaise, mais j’ai trouvé plusieurs livres – celui-ci et un autre, Hungry Translations de Richa Nagar – […] ils utilisent des mots anglais, mais ils n’utilisent pas de structures anglaises. Peter Cole écrit :

  • En tant que personne avec une langue particulière, je ne reconnais pas comme autorité ultime la façon dont je dois m’exprimer « correctement » en utilisant des dictionnaires, des lexiques, des grammaires et d’autres attirails en anglais, et importés par ceux qui possèdent cette langue anglaise, à qui elle est transmise, agréée, qui a donné à l’université, au gouvernement, à l’intendance du vice-roi les droits sur la façon d’établir la langue des documents, sur ce qui compte comme discours légitime au sein d’un établissement accrédité des post-savoirs [savoirs du postmodernisme]. Lorsque cet outil de conquête, cet anglais nous a été imposé, nous avons juré de l’utiliser pour communiquer du mieux que nous le pouvions. Je me suis fixé pour tâche d’écrire pour le sens plutôt que pour l’exactitude, même au risque d’être mal compris, mal-pris, et qui fait partie de ce qu’est le langage : le risque, la négociation du sens, l’agentivité, les relations de pouvoir. [Traduction libre de l’anglais]

Et si jamais vous êtes en mesure de mettre la main là-dessus, ou même d’y jeter un coup d’œil; ce n’est pas structuré au niveau grammatical et les mots jouent – la façon dont il a écrit les mots visuellement [la graphie des mots] est en fait très importante, car cela modifie certains sens des mots avec un simple trait d’union. Et c’est tellement beau à lire. […] Je te le recommande vivement, je pense que tu aimeras vraiment ce livre. Oui, c’est incroyable!

Ce livre et aussi Hungry Translations, absolument incroyables. Et Hungry Translations utilise en fait cinq langues différentes – j’ai trouvé cinq langues différentes du continent indien – du continent de l’Inde – et la façon dont elle écrit et utilise les arts comme moyen de discuter de ses sujets. C’est Richa Nagar, dans Journeys avec Sangtin Kisan Mazdoor Sangathan [SKMS] et le Parakh Theatre Group. Donc, quand nous parlons de l’art qui donne un contexte à la recherche dans laquelle toi et moi sommes engagées, et à quel point il est important, pourtant, tu ne penserais pas que dans un programme d’études supérieures de doctorat, en sciences de la santé et en études de l’environnement et des ressources naturelles, il y aurait de la place pour l’art. C’est la façon dont j’ai été élevée, de croire aux écoles et aux écoles secondaires, et pourtant, l’art est au cœur de ce que toi et moi faisons toutes les deux. Et c’est tellement […] rafraîchissant d’avoir de l’espace pour cela, et pas seulement de lui donner de l’espace, mais de le rendre central et de l’introduire en superposition. Et cela renforce en fait la recherche dans laquelle nous nous sommes investies, et je pense que c’est absolument magnifique.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Oui, je pense que c’est vraiment important, c’est ce qui nous a amenés jusqu’ici jusqu’à présent. Je veux dire, dans mon cas, je n’ai pas grandi dans ma communauté. Je ne suis pas revenue dans ma communauté, je ne savais même pas que j’étais Autochtone jusqu’à l’âge de 14 ans, et ma mère a commencé à parler de retourner sur notre territoire. Et depuis ce temps, je me suis simplement dit : « Wow, tout ce temps, il y avait toute une communauté de gens qui me connaissaient et se souciaient de moi, sans même que je le sache. » Et donc, je reviens à ce que nous savons, et je sais que la langue anglaise ne sera pas toujours là pour nous, mais que nos propres langues ont de l’espace et que c’est suffisant, c’est plus que suffisant.

(Courte pause)

Laura, je veux juste te remercier d’avoir pris le temps aujourd’hui de nous parler de cela. Je suis vraiment honorée que tu aies choisi de le faire avec moi, et je suis vraiment reconnaissante à l’équipe du CCNSA et à notre équipe, à Christine, d’avoir fait l’enregistrement. Et la meilleure chose que j’ai trouvée au cours de ce voyage, ce sont des amies comme toi. […] Nous travaillons toutes vers le même objectif avec nos différents outils, et je suis vraiment honorée que tu aies pris le temps de discuter avec moi aujourd’hui. Alors, t’oyaxsut ’nüün, merci beaucoup pour cela et j’ai hâte de te voir en personne bientôt.

Laura Mueller : Thank you so much for having me. What a beautiful way to connect and to remind ourselves and others of the work that we're doing, the work that's possible, and how we'll get there if we do this together. And this filled my cup, and you know, it's a hard, hard road and a hard journey, but it's possible. And I'm just really grateful. Thank you.

NLaura Mueller : : Merci infiniment de m’avoir reçue. Quelle belle façon d’être en relation et de nous rappeler, ainsi qu’aux autres, le travail que nous faisons, le travail qui est possible, et la façon dont nous y arriverons si nous le faisons ensemble. Et cela a rempli ma tasse, et vous savez, c’est un chemin très, très difficile et un voyage difficile, mais c’est possible. Et je suis simplement vraiment reconnaissante. Merci.

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) : Merci les amis!

– Musique –

X’staam Hana’ax (Nicole Halbauer) Si vous voulez écouter plus de balados dans cette série, allez consulter lesVoix du terrain sur le site Web du Centre de collaboration nationale de la santé autochtone (CCNSA), à l’adresse ccnsa.ca. La musique de ce balado est l’œuvre de Blue Dot Sessions. Elle est disponible sous une licence Creative Commons. Renseignez-vous à sessions.blue.