Juin 2011 — Au cours du Sommet des Premières nations en Colombie-Britannique, le Grand Chef Ed John soulignait que : « les pères des Premières nations, des Inuits et des Métis pourraient être une des plus importantes ressources inexploitées dans la vie des enfants autochtones ». [1] Son énoncé fait référence à la brèche béante qui se creuse dans les vies de nos enfants, familles et communautés avec l'exclusion des pères, en plus de l'impact profond que peuvent avoir les pères sur la santé et le bien-être des enfants lorsqu'on comprend leurs besoins, qu'on respecte leurs points de vue, appuie leur guérison et encourage leur participation.
Le Centre de la collaboration nationale de la santé autochtone a été l'hôte de l'événement vitrine nationale à Ottawa les 23 et 24 février 2011 qui est une étape clé afin de répondre à un besoin urgent de soutenir les pères autochtones au cœur des communautés, des programmes, de la recherche et des politiques au Canada.
On constate un historique de « paternité perturbée » sur plusieurs générations; à la suite de la colonisation, des systèmes de pensionnats et des politiques d'assimilation forcées touchant les langues, les cultures et les liens aux terres et aux familles. Alors que nous comprenons mieux le lien entre la participation des pères et la santé des enfants, de plus en plus de personnes demandent : quels sont les besoins des hommes dans leur cheminement vers la paternité? Comment pouvons-nous appuyer la participation des pères dans les services axés sur la famille? Quels sont les enseignements importants que devraient apprendre les enfants? (Veuillez consulter le programme).


Parmi les participants à l'événement, on retrouvait Leo Hébert qui a appris dans la quarantaine à communiquer émotionnellement avec sa famille, des aînées comme Rose Point qui a partagé la façon dont elle avait été élevée, ainsi que des gestionnaires de programmes comme Jake Gearheard qui a parlé du changement social et culturel radical pour les hommes inuits de l'Arctique. Ensemble, les participants ont partagé leur sagesse collective, leur expérience de vie et la connaissance acquise au sein de leurs cheminements individuels. Le message doit retentir encore et encore : les pères doivent être invités à revenir dans le cercle familial et communautaire et leur guérison doit être soutenue pour la santé des enfants, des familles et des membres des Premières nations, des Inuits et des Métis.
Parmi les conférenciers, on retrouvait :
- Mike DeGagne directeur administratif de la Fondation autochtone de guérison, un organisme autochtone national s'occupant de l'héritage du système des pensionnats indiens. Monsieur DeGagne œuvre dans le domaine de la santé mentale et de la toxicomanie depuis les vingt-cinq dernières années.
- Madame Jessica Ball, membre de Father Involvement Research Alliance (vous reporter aux pères autochtones), et co-enquêtrice de la première étude nationale sur la paternité, a dirigé la composante des pères autochtones de l'étude. Elle est professeure à School of Child and Youth Care, de l'Université de Victoria et coordonnatrice des First Nations Partnership Programs (programmes de partenariats des Premières nations) de l'Université.
- Albert Pooley, président et fondateur de Native American Fatherhood and Families Association aux États-Unis. Pooley est d'origine Navajo et Hopi, il est reconnu mondialement pour son programme Fatherhood is SacredMC conçu pour satisfaire aux besoins des Autochtones américains.
Un film de l'événement à partager avec les organismes et les individus est en production. Les concepts artistiques des connaissances partagées pendant l'événement sont inclus dans l'index à gauche. Il est possible d'obtenir des copies auprès du CCNSA. Vos commentaires sont appréciés : nccah@unbc.ca

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Un cheminement vers la guérison
Discours liminaire de Mike DeGagne, Fondation autochtone de guérison
Mike DeGagne de la Fondation autochtone de guérison a lancé l'événement et donné le ton de la rencontre...
Il mentionnait dans son expérience que la paternité est un cheminement vers la guérison. En tant que directeur administratif de la Fondation autochtone de guérison, qui s'occupe de l'héritage traumatique du système des pensionnats indiens, il a vu les répercussions dévastatrices sur les pères des Premières nations, des Inuits et des Métis et leurs rôles en tant qu'éducateurs, guides, fournisseurs et gardiens.
« Les systèmes de pensionnats indiens ont enseigné aux Autochtones à faire ce qu'on leur disait, à remettre en question leurs valeurs et coutumes de base, à devenir autre, en fait à devenir meilleur. Vous avez appris que vos parents avaient beaucoup moins de sagesse et de pouvoir que les personnes qui dirigeaient le pensionnat et cela a eu de lourdes conséquences. »
Pour les jeunes hommes en particulier l'impact le plus important a été la capacité de ressentir de l'empathie. Survivre au colonialisme signifiait que leurs sentiments n'étaient pas importants. Ainsi, de nombreuses personnes ont perdu la capacité de comprendre et de prendre part aux sentiments des autres ou de traduire les sentiments de leurs enfants. « L'empathie est la clé de l'établissement des relations, et les systèmes de pensionnats ont eu des répercussions importantes sur nos relations. »
Dans son cheminement personnel en tant que père, monsieur DeGagne indiquait qu'il voyageait périodiquement avec ses deux fils d'un endroit à l'autre pour les pratiques de lacrosse de fin de semaine . « Lorsqu'on est sur la route dix heures avec deux personnes, de temps à autre, ces dernières disent ce qu'elles pensent. Heureusement nous n'étions pas face à face, car nous regardions par la vitre, » dit-il. Le lien émotionnel est souvent associé aux mères et aux enfants, et pour monsieur DeGagne, un engagement aux sports est l'une des façons de maintenir le dialogue.
La paternité et la gouvernance
Alors que le manque d'empathie et une incapacité à établir des relations ont eu des répercussions sur les familles et les communautés, il a également touché la gouvernance des Premières nations, des Inuits et des Métis. Monsieur DeGagne en a été témoin.
« Le Programme national de lutte contre l'abus de l'alcool et des drogues chez les Autochtones a été mis sur pied il y a vingt ans. Nous n'avions aucun problème à ériger des constructions et à écouter les consignes au bureau. Mais nous ne savions pas comment gouverner. Nombre d'entre nous n'avons pas connu un bon rôle parental et nous devions maintenant chapeauter une organisation. » Aujourd'hui, monsieur DeGagne est fier d'indiquer la réussite du conseil de la Fondation autochtone de guérison, ce n'est pas un mince exploit considérant l'amalgame complexe de représentation à la table. Monsieur DeGagne a mentionné qu'un aîné de l'île de Vancouver a aidé chacun à trouver un terrain d'entente. Comment? Des discussions se sont déroulées pendant trois heures, chaque personne a souligné des événements familiaux qui les avaient touchés au cours des trois derniers mois, de la naissance d'un enfant en passant par l'obtention d'un diplôme.
L'expérience de monsieur DeGagne à la fondation de guérison l'a convaincu qu'il y a une sagesse à apprendre des thérapies de guérison à la suite de traitements pour toxicomanie, donnant ainsi un exemple d'espoir pour l'avenir. Les personnes qui ont suivi une thérapie étaient plus aptes à communiquer, à retourner et à recommencer, une approche dit-il qui peut être nécessaire afin d'amorcer l'héritage d'un rôle parental positif et sain.


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Sortir du cercle vicieux
Table ronde des pères
Pour de nombreux pères survivants des systèmes de pensionnats indiens, ou ceux de la deuxième génération de survivants, le parentage semble quelque chose qu'ils accomplissent à l'aveuglette, sans modèle de comportement et peu de ressources et de soutien. À la rencontre, cinq pères d'âges et d'antécédents variés ont parlé ouvertement et avec honnêteté de leur cheminement pour sortir du cercle vicieux et créer des liens émotionnels avec leurs familles. Souvent, ils ont constaté que leur plus grande force résidait dans le fait de rétablir les liens avec leur culture.
L'aîné George Giant est né dans la nation Cris de Saddle Lake en 1942. Il dit être sorti de onze années de pensionnats en « jeune homme violent » et il a parlé de sa colère et des mauvais traitements infligés à ses enfants au sein de sa famille, un souvenir qui le hante toujours. Dans un moment particulièrement touchant qu'il a partagé avec les participants, l'aîné Giant a dit ce n'est que tout récemment qu'il a finalement regardé sa conjointe pour lui dire son regret. « Elle a répondu : je t'ai pardonné il y a très longtemps. » L'aîné Giant a mentionné que les conseils des enseignements culturels et spirituels l'ont aidé à faire la paix et à le placer sur la bonne voie, ce qui l'a amené à travailler à un programme pour adolescents au Centre de traitement des adolescents Poundmakers de St. Paul en Alberta. Dans son travail actuel en tant qu'aîné résidant du Blue Quills First Nations College, il met l'accent sur l'importance d'incorporer les enseignements culturels en tant qu'élément clé de l'identité et du bien-être de la prochaine génération.
William Aguiar et Leo Hebert ont découvert le lien émotionnel lorsqu'ils étaient plus âgés. Monsieur Aguiar appelle ses petits-fils ses « mentors spirituels » qui lui ont donné l'occasion de réparer les erreurs du passé qui tirent leur origine d'une rupture émotionnelle. Sa mère était une survivante des systèmes de pensionnats et son père travaillait dans une colonie de lépreux en Afrique orientale, s'occupant des besoins des personnes marginalisées. Malgré le fait qu'il était un travailleur assidu, le père de monsieur Aguiar n'a jamais été présent émotionnellement pour ses cinq fils. « En tant que père, j'ai agi de la même façon, » mentionnait monsieur Aguiar, instructeur et conseiller au Blue Quills First Nations College. Je trouvais difficile de dire « je t'aime » à ma femme ou à mes enfants. « J'ai maintenant appris à le dire à mes petits-enfants, car ils m'ont appris la façon de le dire. »
Le cheminement vers un nouveau lien émotionnel s'est effectué de façon semblable pour Leo Hebert, un responsable communautaire dont la mère était une survivante des systèmes de pensionnats de Sawridge Band et Slave Lake au nord de l'Alberta et dont le père était originaire de Cold Lake en Alberta. Il a découvert que « si vous faisiez preuve de vulnérabilité en tant qu'homme, vous étiez harcelé. » Son père, un vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale, était émotionnellement distant et, par conséquent, monsieur Hebert trouvait difficile de dire « j'ai peur » ou de montrer ses craintes.
« Immédiatement avant de mourir, mon père de 89 ans a accepté les choses qui l'avait blessé. À ce moment, nous nous sommes rapprochés. » Monsieur Hebert, qui vit à Prince George en C.-B. depuis 1967, a également découvert que le fait de vivre en milieu urbain l'avait amené à perdre tous les liens à sa culture. Au fil du temps, il a connu son grand-père de filiation maternelle et les aînés de la famille qui lui ont enseigné les voies traditionnelles, particulièrement un sens de l'humour pour éviter de prendre tout au sérieux.


Sans la capacité d'établir un lien émotionnel, Dion Metcalfe a vécu une expérience traumatisante dans sa jeunesse, confiné dans l'alcool et les drogues jusqu'à ce qu'il découvre ses racines inuites grâce au Wabano Aboriginal Health Centre d'Ottawa. « La culture signifie l'appartenance. Je n'appartenais à rien lorsque j'étais un jeune homme. J'étais perdu. J'ai trouvé ma culture, je suis sobre et ma vie est désormais plaisante. »
Monsieur Metcalfe, qui œuvre actuellement auprès des adolescents, a été reconnu pour ses services par United Way, il a découvert le maculage, le foin d'odeur et la corvée. Il participe à une classe d'Inuktitut avec ses enfants et ces derniers lui ont appris des chansons en Inuktitut. Son fils aîné de 13 ans est un meneur en formation à un camp pour garçons et filles en Ontario. Ses enfants plus jeunes participent au programme Tumiralaat ainsi qu'au programme parascolaire Tukimut au Centre pour enfants inuits à Ottawa. « Ils ont un endroit auquel ils appartiennent, où ils peuvent s'épanouir et découvrir leur identité. Il n'y a alors aucun besoin de faire partie de bandes ou d'utiliser des drogues ou de l'alcool, » disait-il. Par conséquent, ses trois enfants grandissent en confiance et sont capables d'exprimer leurs émotions.
Dennis Steinhauer, un spécialiste du chagrin et de la perte à Blue Quills First Nations College, mentionne que dans sa communauté de l'Alberta, les hommes ne s'absentent pas de leurs familles ou de leurs communautés par choix. « Les expériences traumatiques font partie de notre être depuis de nombreuses années. Nous devons aider les hommes à explorer cette expérience traumatique et à y faire face, autrement il est difficile d'être de bons parents. Une fois la guérison amorcée, les portes sont grandes ouvertes. Il s'agit d'un événement marquant de la vie comportant uniquement des aspects positifs. » Il indique qu'il est essentiel d'avoir des « endroits sécuritaires pour nos hommes, où il est acceptable d'être vulnérable, où nous pouvons nous affranchir des obstacles et commencer les cheminements vers la guérison afin d'être de meilleurs pères, conjoints et mentors. »
Ces perspectives permettent aux recherches et programmes de répondre à la question essentielle à savoir comment tendre la main à nos pères, les inclure et commencer le cheminement vers la guérison.



Comprendre les obstacles à l'implication des pères
Discours liminaire de madame Jessica Ball
Jusqu'à récemment, aucune étude n'avait été effectuée au Canada ou aux États-Unis sur le rôle pratiquement invisible des pères autochtones dans la vie de leurs enfants.
« Lorsque nous avons décidé de lancer une étude, nous en avons fait la promotion dans le journal Globe and Mail et les téléphones sonnaient sans arrêt, » indique madame Jessica Ball du Centre for Early Childhood Research and Policy (centre de recherches et de politiques sur la petite enfance) de l'Université de Victoria. Elle a dirigé la première étude du Canada sur l'implication des pères autochtones dans le cadre d'une étude nationale sur la paternité qui a été lancée en 2003 et achevée en 2008. « Finalement, quelqu'un faisait la lumière sur ce que les hommes devaient endurer pour demeurer en communication avec leurs enfants. »
Près de la moitié des enfants autochtones en milieu urbain et 33 % des enfants sur des réserves grandissaient dans des familles monoparentales (généralement la mère). En outre, il y avait deux fois plus de pères autochtones seuls que de pères non autochtones à élever les enfants par eux-mêmes. La recherche de madame Ball comptait une équipe de recherche en milieu communautaire autochtone et des entrevues ont été effectuées auprès de plus de 80 pères en C.-B. « Nous avons demandé où étaient les pères autochtones et ce dont ils avaient besoin? Ils étaient des fantômes au sein des programmes actuels. » Dans l'intervalle, les programmes de violence familiale, établissements correctionnels, écoles, programmes de la petite enfance comme le Programme d'aide préscolaire aux Autochtones et d'autres commençaient à demander de l'aide pour joindre les pères.
Madame Ball mentionne que les données montrent que les hommes autochtones du Canada sont parmi les populations les plus exclues socialement en Amérique du Nord. Ils présentent des taux élevés de pauvreté, de chômage, de suicide, d'incarcération et d'autres problèmes — « des conditions qui rendent difficiles pour les pères de communiquer avec leurs enfants et de maintenir cette communication. » Elle mentionne que des réformes de politiques et des soutiens aux programmes doivent inclure des stratégies multisectorielles pour reconnaître les barrières et obstacles afin d'obtenir l'implication soutenue des pères; du besoin d'hébergement et de soutien à l'emploi en passant par l'éducation, les capacités d'adaptation personnelles et les réseaux sociaux.
En outre, l'expérience principale de prestation de soins des pères autochtones est souvent très différente du modèle familial nucléaire européen traditionnel. Des extraits du film « Fatherhood: Indigenous Men's Journeys » (la paternité : les cheminements des hommes autochtones) ont été présentés au cours de l'événement, et soulignaient pour les participants les défis et les réalisations de plusieurs pères seuls des Premières nations, qui se sentaient dépassés par le travail à temps plein, ils tentaient de sortir de la toxicomanie, vivaient des situations personnelles et familiales complexes et disposaient de peu de ressources sur le rôle parental à mettre à contribution.
« Les hommes autochtones disent, nous avons besoin d'aide afin de rompre le cercle vicieux. Essentiellement, ils voulaient parler des effets prolongés des pensionnats autochtones et des obstacles qu'ils rencontraient à aimer et à l'être. Les pères voulaient bâtir un nouvel héritage et faire partie d'une génération de transformation radicale, » indique madame Ball.
Elle précise que des étapes positives doivent être suivies pour encourager l'implication et soutenir les liens entre les pères et les enfants à travers des circonstances changeantes. Ceci inclut la reconnaissance de la paternité en encourageant l'inscription sur les dossiers de naissances, de santé, d'éducation et de bien-être des enfants. La moitié des enfants pris en charge en Colombie-Britannique sont Autochtones et le nom du père ne figure pas sur la plupart des dossiers d'assistance sociale des ceux-ci. S'occuper du problème de la paternité signifie également reconnaître le « taux très élevé de grossesses chez les adolescentes autochtones du Canada. ». Madame Ball mentionne que les pères autochtones pourraient recevoir une formation pour diriger des ateliers dans les écoles et les installations communautaires afin d'enseigner aux garçons autochtones des établissements intermédiaires et des écoles secondaires à retarder la paternité et à perfectionner leurs compétences relationnelles.
Les programmes peuvent soutenir les travailleurs-pères participants, créer des milieux conviviaux pour les pères et encourager les liens culturels. On doit encourager les représentants de programmes à demander aux enfants sous leur soin qui sont les figures paternelles dans leur vie. « Actuellement, nous rejoignons uniquement les mères, » mentionne madame Ball.
Des médias positifs peuvent également refléter de bons modèles de comportement de la paternité. Elle indique une sensibilité accrue à l'égard des problèmes des pères autochtones au Canada, et un certain nombre de ressources sont actuellement disponibles afin d'offrir des conseils et informations pratiques sur l'éducation des enfants et que ces derniers montrent des images positives des pères autochtones avec les enfants.
Madame Ball indique que les études démontrent que les pères qui participent activement peuvent changer la vie de leurs enfants, amenant une amélioration des résultats de santé de ces derniers, de meilleurs rendements scolaires, des impacts émotionnels et psychologiques sains et des compétences en interaction sociale plus fortes. Il s'agit d'un aspect positif pour les pères également — ils montrent moins de détresse, moins de toxicomanie, une stabilité maritale et un bonheur accrus ainsi qu'une plus grande capacité à se lier d'affection.
« Le message le plus important des quatre-vingts pères interviewés dans l'étude, dit-elle, était le désir ardent de renouer avec la vie familiale. »

Table ronde du programme
Soutenir les besoins des pères
Qu'il s'agisse de l'organisation d'une chasse au caribou accompagnée de chiens à Clyde River au Nunavut ou de tenir des célébrations au centre-ville d'Ottawa, les programmes créent de plus en plus des stratégies pour encourager l'implication des jeunes hommes, pères et mentors. Les représentants de la table ronde sur les programmes à l'intention des pères ont présenté brièvement sept initiatives :
- Skak Ha Dees T'iah – Chérir les enfants -- Carrier Sekani Family Services (services familiaux Carrier Sekani), Centre-Nord de la Colombie-Britannique
- Programme traditionnel de l'art d'être parent — Skookum Jim Friendship Centre (Centre d'amitié Skookum Jim), Whitehorse, Yukon
- Programme de soutien tous azimuts – Dze l K'ant friendship Centre Society, Smithers, Colombie-Britannique
- Neâh Kee Papa — Je suis ton père — Manitoba Métis Federation (Fédération manitobaine Métis)
- Groupe des pères inuits Sivummut — Centre pour enfants inuits d'Ottawa
- Programme d'aide préscolaire aux Autochtones de Peguis — La Première nation de Peguis du Manitoba
- Pères et fils au cœur du territoire — Ilisaqsivik Family Resource Centre (Centre de ressources familiales IIisaqsivik), Clyde River, Nunavut
Ensemble, ils ont souligné les thèmes pouvant franchir les différences géographiques, culturelles et socio-économiques, par exemple, en établissant des initiatives en pratiques et connaissances culturelles, en incorporant des stratégies de guérison, en se reposant sur les forces de la communauté, en embauchant des hommes dans les programmes pour les familles et les enfants, en intégrant les activités au territoire et en s'appuyant sur les structures actuelles.
Les stratégies de guérison au sein des initiatives de soutien des parents
Travis Holyk est directeur du développement des recherches et politiques du Carrier Sekani Family Services (Services familiaux Carrier Sekani) desservant les membres des Premières nations sur le territoire de Carrier et Sekani du Centre-Nord de la Colombie-Britannique. Il indiquait que 75 % des enfants pris en charge au nord de la Colombie-Britannique sont des Autochtones et utilisent plus longtemps les services, car les travailleurs sociaux ne peuvent retourner les enfants dans une famille qui vit des relations malsaines. Son organisation reconnaît le manque de programmes pour hommes et a commencé en 2001 à s'intéresser à la prévention des abus en renforçant le rôle des pères. Ainsi, le programme Skak Ha Dees T'iah (« Chérir les enfants ») s'occupe de la violence familiale, des questions touchant les pensionnats indiens et des compétences comme la maîtrise de la colère, la communication efficace et la saine alimentation.
« Nous avons constaté les agents stressants dans les vies des pères et nous voulions offrir un endroit où ils pouvaient aller, », mentionne monsieur Holyk. Les hommes se rencontrent deux fois par semaine, on leur offre des repas et un éventail de services, dont une défense devant les tribunaux. La communauté présente désormais des conférences de bien-être et elle a établi des relations avec des fournisseurs de service afin de mieux soutenir les parents et particulièrement les pères.


Andrew Bird, dont les racines métisses remontent à 1788, est le coordonnateur du programme Neâh Kee Papa offert par la Fédération Métis du Manitoba à Winnipeg, Manitoba. Il mentionne qu'il était essentiel de connaître les pères inscrits au programme et de revenir suffisamment en arrière pour « découvrir la source de la douleur... le processus de guérison débute vraiment à partir de ce moment. » Les hommes peuvent alors commencer à s'intéresser aux autres problèmes comme la santé, la sexualité et les relations saines. Il indique que le programme assure un suivi et un soutien à long terme. « Nos clients le sont pour toujours et peuvent nous consulter deux ou trois ans plus tard, tout comme les membres de leur famille, mentionne monsieur Bird. (citation de la biographie)
Bâtir sur les forces de la famille et de la communauté
Alors que le réseau de pensionnats a miné l'autorité parentale et déprécié les réseaux culturels traditionnels, de nouvelles initiatives soutiennent la prochaine génération en incorporant actifs, talents et créativité au sein des communautés. Au Yukon, les aînés font partie intégrante du Programme traditionnel de l'art d'être parent — Skookum Jim Friendship Centre (Centre d'amitié Skookum Jim), où un aîné est présent à chaque atelier offert et sa sagesse est intégrée à tous les aspects de la formation des programmes traditionnels sur la maternité et la paternité. En fait, c'est un ancien qui disait en 1992 que les programmes s'intéressaient exclusivement aux femmes, et il demandait « Où sont les hommes? En tant que parents ils ont également des responsabilités. » Le Programme traditionnel sur la paternité a été créé pour répondre à ce constat, mentionnait Joe Migwans, un Ojibway de l'île Manitoulin.
Monsieur Migwans est coordonnateur du programme d'action communautaire pour les enfants et co-auteur du guide d'animation du Programme traditionnel de l'art d'être parent. Le guide est utilisé dans au cours d'un atelier de formation de cinq jours qui est offert une fois l'an à Whitehorse. L'atelier s'adresse généralement aux membres des Premières nations du Yukon, avec des animateurs ayant reçu la formation qui retournent dans leurs communautés ou organisations afin d'offrir des ateliers traditionnels sur l'art d'être parent.
Inclure les pères dans le fait de s'occuper des enfants
La Première nation de Peguis au Manitoba innove au Canada en incluant les hommes dans tous les aspects des programmes pour enfants. Par exemple, les hommes forment un quart du personnel enseignant de la première enfance. La Première nation de Peguis a permis au premier groupe entièrement mâle de garde de jeunes enfants du Canada de participer à un échange, par le programme Programme d'aide préscolaire aux Autochtones, avec la Colombie-Britannique en 2010 afin de partager les pratiques exemplaires avec la Première Nation Klemtu First Nation de la côte nord. Le représentant du programme J.R. Olson a dit aux participants que la Première nation de Peguis avait fourni beaucoup d'efforts pour faire participer les pères en incorporant des activités conviviales pour eux comme l'installation de tipis, la préparation de pain bannock, l'organisation de barbecues l'été ainsi qu'en encourageant la participation et l'implication dans les programmes.


Intégrer des activités sur le territoire
Quatre programmes mettent l'accent sur le rôle de l'environnement et du territoire dans une programmation positive, offrant des activités sur le terrain afin d'encourager la participation des pères, de promouvoir les relations et d'affirmer les racines culturelles. Les classes sur la paternité de Skookum Jim comportent des ateliers sur le terrain qui incorporent des activités traditionnelles avec les enfants, parents et aînés comme la fabrication de chapeaux de fourrure, la couture, l'installation de filets et de collets de pêche, la cueillette de baies, le tannage des peaux et la préparation de confitures. « Vous apprenez votre héritage, votre culture et vos traditions en vous déplaçant sur le territoire, » indique monsieur Migwans. « C'est plaisant! La semaine dernière 55 personnes se sont inscrites à notre atelier, nous n'en acceptions que dix. Les gens sont tout de même venus, » a-t-il mentionné en riant.
Le programme Cercle de soutien de Smithers en Colombie-Britannique, qui est offert par le Dze L K'ant Friendship Centre Society (Société centrale d'amitié Dze L K'ant), encourage les hommes et les familles à amener les enfants et les jeunes pour participer à un éventail d'activités à l'extérieur, notamment le pagayage, les arts martiaux, la pratique du tambour, la construction de canoë de guerre et les camps pour hommes, femmes et enfants.
Mel Bazil est le coordonnateur du programme, un détenteur de savoir culturel et un Gitxsan-Wet'suwet'en, père de deux enfants. Il indique que le soutien familial au centre comporte de nombreuses facettes, s'intéressant aux troubles causés par l'alcoolisation fœtale, l'héritage des réseaux de pensionnats et la santé mentale, tout en offrant compréhension et acceptation des pères. Intrinsèque aux histoires et aux activités sur le terrain pour les familles sont un millier d'années de lois, concepts et façons de vivre au sein des diverses cultures de la région, indique monsieur Bazil. « Nous nous occupons du désenchantement que chaque personne ressent à propos d'elle-même, des autres et particulièrement du territoire. Nous pratiquons nos traditions sur le terrain et nous en faisons part. »


Le Ilisaqsivik Family Resource Centre (Centre de ressources familiales IIisaqsivik) est un organisme sans but lucratif desservant principalement la population inuite de Clyde River au Nunavut, établie à mi-chemin de l'île de Baffin. Chaque projet de la société est financé et offre un grand éventail de programmes positifs pour la communauté ainsi qu'un accent grandissant sur les hommes et les jeunes. « Nous avons commencé seulement au cours des dernières années à aller au devant des hommes, car nous avons constaté qu'ils ne participaient pas aux programmes de guérison ou à ceux préscolaires, » mentionne Jakob Gearheard, directeur administratif de la société. C'est pourquoi nous avons mis sur pied quelques programmes. Parmi lesquels on trouve des programmes de randonnées estivales aux campements traditionnels où les aînés racontaient leurs histoires et servaient de mentor. Un voyage de chasse en hiver pour père et fils est habituellement suivi par un festin communautaire de phoques et de caribous, pendant qu'un autre voyage se concentre sur les équipes avec chiens où les jeunes hommes acquièrent des compétences sur le terrain et la conduite de chiens et qu'en soirée ils découvrent les valeurs sociales traditionnelles.
« Ces voyages sont l'occasion pour les hommes plus âgés de créer des relations de confiance et de mentorat avec les jeunes hommes. On remarque un changement immédiat. Les hommes plus âgés, particulièrement ceux nés sur la terre, retrouvent confiance. Ils établissent des limites que les jeunes comprennent. Soudainement, ils se lèvent à 5 heures et commencent à préparer le feu et à remplir les bouteilles d'eau. »
Monsieur Gearheard mentionne que les programmes sur le terrain ont été bien accueillis et sont importants pour aider les résidants de Clyde River à aborder les changements sociaux et culturels radicaux qu'ils ont vécu en une génération, particulièrement pour les hommes. Il mentionne que les hommes inuits sont toujours perçus par le gouvernement et les médias comme ayant des compétences du territoire, mais incapables d'être sur le terrain selon les besoins, en raison des contraintes liées aux demandes économiques et à l'emploi. « Les hommes ont été dépouillés de tous les rôles et responsabilités traditionnels qu'ils détenaient. Ils ne sont plus les cueilleurs, fournisseurs et protecteurs. Les compétences dont ils ont besoin actuellement concernent des emplois de 9 h à 17 h dans un contexte de problèmes sociaux beaucoup plus importants dans nos communautés, » indique monsieur Gearheard. « Il est difficile de surmonter la crise. »
Dans les milieux urbains, il est toujours essentiel d'offrir des activités sur le terrain, souligne monsieur Fred Simpson, un enseignant du programme d'aide préscolaire propre aux Inuits à Ottawa depuis 2002. Il avait également mis sur pied le groupe initial de pères au cours de cette période. Le centre pour Inuits d'Ottawa offre des programmes offerts à environ 1 200 Inuits de la ville qui ont vécu principalement sur la terre et qui se sentent désorietés dans des environnements urbains, indique monsieur Simpson. « Nous avons des pères qui arrivent du Sud et pour qui le lien à la terre fait vraiment défaut. Un père dont la fille est très malade a apporté un caribou pour le partager avec la communauté. »
Monsieur Simpson indique que de nombreux efforts sont consentis afin de bâtir des relations qui peuvent encourager les pères à participer aux programmes qui soutiennent les compétences parentales, par exemple le lien du père et de l'enfant. « Nous n'avons pas d'aînés ici, et nous n'avons pas l'historique d'une communauté qui est ici depuis toujours. » Les événements sociaux comme les barbecues, le camping, la pêche et même les quilles font partie intégrante du sentiment d'appartenance et de sécurité. Il était important de parler de la terre, souligne monsieur Simpson.
Bâtir sur les structures et réseaux actuels
Les besoins des pères sont complexes et les organisations tentent de s'appuyer sur les ressources actuelles pour les soutenir. La Fédération Métis du Manitoba compte 16 services et des bureaux partout dans la province. Ce qui signifie que les clients qui cherchent du soutien parental peuvent également être acheminés vers les services d'aide juridique, d'emploi, d'hébergement et d'autres soutiens requis pour renforcer leur capacité et faire face aux problèmes personnels et de guérison. Mel Bazil mentionne que le Dze L K'ant Friendship Centre Society (Société centrale d'amitié Dze L K'ant) de Smithers rassemble un vaste éventail de programmes sous le service de soutien familial, des programmes de lutte contre la dépendance à l'alcool et aux drogues en passant par le soutien accordé aux survivants des pensionnats. Puisque les services sont offerts en collaboration, il y a plus d'experts disponibles permettant d'offrir une programmation plus intense.



La famille au cœur de l'identité culturelle
Discours liminaire de monsieur Albert Pooley, Native American Fatherhood & Families Association
Encourager l'implication des pères dans le fait de s'occuper des enfants est essentiel, non seulement pour la santé des familles et des communautés, mais également pour l'identité des peuples autochtones en tant que nations fières. Albert Pooley est d'origine Navajo et Hopi, un conjoint, un père et un grand-père dévoué, ainsi que président de Native American Fatherhood and Families Association des États-Unis. Il partage sa conviction que la « famille est au cœur des cultures autochtones de l'Amérique. »
« Il ne s'agit pas de nourriture ni de langue. C'est la famille. Sans nos familles, nos cultures s'éteignent. »
Son programme « Fatherhood is Scared MC » aide à créer les liens entre les générations passées et actuelles et se fonde sur les principes du patrimoine des autochtones américains. Le programme utilisé dans 57 tribus partout aux États-Unis a rejoint 6 000 hommes et femmes, dont des pères et hommes incarcérés.
Monsieur Pooley encourage les pères et les hommes qu'il rencontre à son travail, particulièrement ceux incarcérés où de nombreux sont coupés de leur héritage, afin qu'ils réalisent qu'une fois qu'ils auront commencé à rétablir les relations avec leurs familles, ils seront à nouveau de « vrais Autochtones ». « Lorsque vous ne faites pas face à vos obligations familiales, vous tuez votre famille et votre culture. « Lorsque vous retournez à votre famille, vous redécouvrez votre identité. »
Monsieur Pooley souligne que l'information, la connaissance et les programmes n'ont pas changé les gens. Les hommes toxicomanes, violents ou négligents ne cessent pas leur comportement tout simplement parce qu'on leur dit qu'il est inadéquat. « Ils le savent déjà. La connaissance, la menace ou les sermons n'amènent pas les personnes à changer. Les personnes autochtones et non-autochtones qui occupent des professions de service et qui œuvrent auprès des familles et communautés autochtones doivent plutôt « aimer vraiment les gens qu'elles desservent. » La première tâche consiste à inspirer les pères, à les aider à se sentir les bienvenus, voulus, nécessaires et importants. En offrant l'espoir et un climat de confiance, les soignants et fournisseurs de service peuvent insuffler un désir de changement. À ce moment seulement l'appui aux occasions, ressources ou aptitudes à la vie quotidienne seront significatifs, dit-il.
Les Autochtones américains doivent reconnaître les événements traumatiques antérieurs, mais également les oublier, indique monsieur Pooley. « Nos ancêtres ont déjà payé pour cette histoire. Nous les honorons en regardant vers l'avenir. La vision de son organisation de familles qui vivent heureuses et en sécurité est un appel lancé à tous les hommes et les pères à accepter leurs rôles en tant que chefs en coexistence avec leur conjointe et à regarder vers l'avenir, c'est cela qui donne une signification et une orientation à la vie d'un homme, qui inspire des attitudes positives, l'autodiscipline et un retour à la splendeur au cœur de l'identité et de la culture autochtones.
Monsieur Pooley indique que les Autochtones américains connaissent les symboles sacrés des rivières, montagnes et lieux de sépulture. Toutefois, « rien n'est plus important que la maternité et la paternité. Nous devons comprendre que l'appel le plus sacré pour tous est l'implication envers la famille. »
Ses mots inspirants ont été accompagnés d'une ovation des participants reconnaissants.

Leçons apprises au cours d'une vie
Table ronde des aînés
Trois matriarches ont partagé la sagesse des Premières nations, des Inuits et des Métis sur une vie à s'occuper des enfants, à rassurer les pères qui entrent à nouveau dans le cercle des soins qu'ils sont une sources importantes d'enseignements pour elles.
L'aînée Rose Point a vu sept génératons de sa famille, de son arrière grand-père né en 1894 à son arrière petite-fille née en 2007. D'origine Sto:lo/Thompson, madame Elder Point est née en 1933 et a passé sa vie à travailler dans les établissements préscolaires et en tant que travailleuse des services à l'enfance pour la commission scolaire de Vancouver. Elle aide actuellement les étudiants du BC Institute of Technology à reconnaître les défis quotidiens et y faire face.
Lorsqu'elle était enfant, elle a appris de nombreux rites et pratiques traditionnels avant d'être envoyée aux réseaux de pensionnats à douze ans, notamment les rites de puberté et le fait d'assister à un accouchement à onze ans. Élevée par une famille étendue lorsque sa mère est partie travailler sur un chantier naval, elle a vu les énormes pressions et bouleversements qui ont touché son peuple et sa culture. Malgré les changements générationnels, madame Elder Point dit continuer de profiter de son expérience de parentage en tant que processus démocratique, et sa compréhension des parents en tant qu'équipe, où les enfants sont aimés au cœur de la vie familiale. Elle met l'accent sur le droit des enfants d'être en sécurité, de vivre sainement et de voir leur innocence protégée.
Shirley Tagalik travaille avec les aînés inuits depuis quinze ans à documenter les points de vue de ces derniers. Elle participe à l'intégration de la façon inuite de faire dans le système d'éducation du Nunavut et à la revitalisation des pratiques inuites d'éducation des enfants. Elle a partagé les mots et les expériences de quelques aînés dans sa discussion d'Inunnguiniq — le processus de création d'un être humain « compétent » qui ne craint pas l'avenir. Ce processus implique des rôles différents pour les pères, mères, et particulièrement les grands-parents qui doivent remplir le cœur de chaque enfant à sa naissance. À défaut de le faire, il y a un risque que le cœur soit rempli d'autres choses « les aînés croient vraiment que l'Inunnguiniq est essentiellement une culture vivante, il s'agit en fait d'un processus d'apprentissage d'une vie, » mentionne madame Tagalik.
Elle indique avoir acquis une grande sagesse et des idées de ses relations. Elle mentionne que les enseignements des aînés étaient encore pertinents, malgré les changements profonds qu'a vécu le peuple inuit. Les jeunes personnes qui ont appris à respecter les autres et à s'en occuper seraient bien dans l'univers traditionnel et contemporain des Inuits. Elle mentionne que les hommes ont particulièrement souffert des effets de la colonisation, et nombre d'entre eux ont perdu la conscience de soi. Madame Tagalik a été encouragée par l'accent prononcé sur les enseignements traditionnels et sur la famille en tant que clé de soutien des pères à accepter leur rôle en tant que guide attentif et engagé.
La cueillette de plantes médicinales, l'installation de collets, la fabrication de mocassins, le chant et la danse font partie de l'expérience de l'aînée Clara Dal Col, une métisse, qui a grandi au sein de la communauté métisse de l'Île-à-la-Crosse au nord de la Saskatchewan, et plus tard à Hay River, dans les Territoires-du-Nord-Ouest, où sa famille vit encore. Elle se souvient surtout des rires et de la camaraderie de la communauté. Madame Dal Sol ne parlait pas anglais avant de commencer l'école et sa grand-mère (Nohkom), une guérisseure très respectée, lui a appris à devenir une femme métisse forte et fière. Membre d'une vaste famille étendue dont douze frères et sœurs, elle a senti que les valeurs de la communauté étaient essentielles au soutien des hommes dans le cheminement qui visait à devenir de meilleurs pères, des valeurs qu'elle a d'ailleurs enseigné à ses enfants.
Il n'est jamais trop tard pour devenir un bon père — mots de la fin
L'animateur de la conférence, Dan George, a résumé les points saillants de la rencontre, en remarquant surtout « qu'il n'est jamais trop tard pour être un bon père. » Au cours des ateliers de l'événement, les participants ont exploré le rôle et la responsabilité d'un parentage sain au niveau individuel, familial, communautaire et organisationnel. Bien qu'il soit important de s'occuper des contraintes sociales, économiques et politiques liées à une plus grande implication des pères, les programmes, communautés et organisations peuvent aider énormément, par exemple :
- commencer par ouvrir les portes afin d'inclure les hommes dans le réseau de soins de la communauté;
- faire des efforts pour bâtir des relations avec les jeunes, les jeunes hommes et les pères de tout âge;
- soutenir la transmission culturelle, notamment la langue;
- intégrer les activités sur le terrain, qui font partie de l'identité culturelle;
- impliquer les aînés et les mentors pouvant jouer des rôles importants en tant que guides et soutiens;
- accueillir chaleureusement les pères dans les festins communautaires, les activités pratiques et l'offre de nourriture;
- veiller à ce que les pères et les communautés régionales aient la direction des programmes;
- organiser des événements dans la communauté, la garderie et l'école qui sont inclusifs et non discrétionnaires;
- célébrer les forces et le rôle de la famille étendue dans le parentage;
- redonner à la famille la capacité de participer à la guérison;
- appuyer les travailleurs qui présentent des différences culturelles et les animateurs de dimensions sexospécifiques;
- mettre au point des activités qui comblent l'écart des générations et inclure les aînés et les enfants;
- fournir des soins homogènes qui répondent aux besoins familiaux, qu'il s'agisse d'hébergement, d'emploi ou de services conseils et juridiques;
- collaborer avec d'autres partenaires pour renforcer les réseaux et partager les ressources;
- créer une « carte d'actifs » de la communauté pour tirer parti des forces et effectuer une évaluation des besoins afin de déterminer les priorités;
- assurer un financement et un renouvellement du personnel adéquats
- demander la participation des médias afin de souligner l'implication saine des pères;
- chercher l'assentiment de la direction, comme les conseils tribaux, pour obtenir du soutien.
Les participants ont souligné que certains problèmes doivent toujours être abordés, notamment les besoins des hommes incarcérés et des personnes souffrant de problèmes mentaux. D'autres voulaient en savoir plus sur les pères traditionnels inuits et les jeunes pères. On constatait également un besoin pour des ressources accrues qui sont culturellement pertinentes pour les peuples des Premières nations, les Inuits et les Métis.
De nombreux participants ont indiqué qu'ils aborderaient leurs programmes et leurs communautés avec une nouvelle détermination pour inviter les hommes à participer aux réseaux de soins. En fait, quelques personnes ont partagé l'information presque immédiatement après leur retour à la maison. « J'œuvre auprès de dix communautés, je peux donc discuter de ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins, et nous pouvons également essayer de nouvelles choses. » D'autres ont présenté des documents et de l'information avec vingt coalitions de parents-enfants et indiqués aux organismes de financement les « éléments qu'ils devraient considérer ».
Un sondage mené par le Survey Research Centre (centre de recherches-sondages) de UNBC après l'événement indique que de nombreux participants sont très reconnaissants, particulièrement à l'égard de l'honnêteté et de la passion des hommes de la table ronde des pères qui ont partagé leurs expériences, en affirmant leurs besoins de pères en matière de guérison et de lien émotionnel.
Toutes les personnes ayant répondu au sondage ont indiqué que leur participation a eu des répercussions positives sur leurs organisations, elles-mêmes et encore davantage au niveau personnel, de nombreuses personnels se sont senties concernées et souhaite redonner à la famille une place au cœur de leurs vies.