De plus en plus, on reconnait les inégalités en santé « évitables et injuste » dont sont victimes les Premières nations, les Inuits et les Métis du Canada. Cette reconnaissance était au cœur du récent congrès de l'Association canadienne de santé publique (ACSP) organisé pour souligner un siècle de santé publique au Canada. Organisé à Toronto du 13 au 16 juin 2010, l'événement national a attiré plus de 1500 participants de tous les coins du pays.
Madeleine Dion Stout, ex-présidente de l'Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canadaet lauréate du Prix national d'excellence 2010 décerné aux Autochtones pour la santé, a déclaré au cours d'une séance plénière qu'il est dernièrement apparu chez les Canadiens une tendance à « envisager les problèmes de santé publique des communautés autochtones... à travers la vision autochtone ». L'intervenante s'est félicitée du passage d'une vision idéalisée à une compréhension plus authentique des cultures et des traditions autochtones servant de « pierre angulaire à l'efficacité des processus de santé publique dans les communautés autochtones. » Elle a été citée dans le bulletin officiel de l'ACSP, The Daily.
Les huit séances et la quarantaine d'exposés prévus au programme du congrès traitaient un vaste éventail de sujets liés à la santé autochtone au Canada et allant de la préparation des communautés inuites urbaines et rurales en vue de la pandémie de grippe H1N1 aux stratégies de lutte contre la maladie chronique et le VIH/SIDA, en passant par la santé mentale.
En reconnaissance d'un siècle de réalisations en santé publique, l'honorable Monique Bégin, l'ancienne ministre fédérale de la santé qui a dirigé l'adoption et la mise en œuvre de la Loi canadienne sur la santé, a affirmé que la santé publique canadienne avait effectué « des progrès extraordinaires », de la fluoration et l'immunisation à une diminution généralisée de la mortalité infantile. Elle précise cependant que « les besoins sont toujours pressants dans nos communautés autochtones ».
Parallèlement, David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada, s'est réjoui des progrès accomplis dans des problèmes fondamentaux de santé publique comme l'adoption d'aliments plus sains et plus sécuritaires et l'approvisionnement en eau potable. Malgré tout, poursuit-il, le Canada a vécu plusieurs problèmes avec l'eau potable lors des événements de Battleford, en Saskatchewan et de Walkerton, en Ontario, alors que de « nombreuses communautés autochtones, en particulier, ne peuvent pas se fier à l'approvisionnement en eau ».
Le « devoir moral » du Canada
Margo Gilles Paradis, professeure agrégée au département d'épidémiologie de l'Université McGill et réviseure scientifique pour la Revue canadienne de santé publique, affirme que le Canada est confronté à des « inégalités inacceptables » qui minent la solidarité à la base de la société canadienne. Elle a déclaré dans le bulletin officiel de l'ACSP intitulé The Daily qu'il est « honteux que les Premières nations soient systématiquement désavantagées et négligées par les pouvoirs publics, laissés dans des conditions de vie que les autres Canadiens n'accepteraient jamais ».

Le Canada, poursuit-elle, a le « devoir moral » de soutenir le développement économique, social et culturel des communautés autochtones, et de « leur donner les moyens de renforcer leurs propres services d'éducation, de santé et sociaux, ainsi que le financement des infrastructures ».
Au cours d'une séance plénière, Madeleine Dion Stout a souligné la nécessité de porter attention au « contexte de vie » des communautés autochtones dans le cadre des conditions de santé prévalentes. Elle a fait remarquer que :
- les taux de mortalité infantile sont vingt fois supérieurs à ceux de l'ensemble de la population;
- la prévalence du diabète de type 2 est trois fois supérieure;
- les taux de suicide sont de cinq à onze fois supérieurs;
- la capacité de gain des hommes adultes est près de moitié inférieure à la moyenne canadienne.
Selon Madeleine Dion Stout, les politiques et les programmes qui traitent des « conditions de santé et socioéconomiques inadmissibles » ont « vu leur mise en œuvre tourner court, comme le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, ou ont été annulés avant la fin, comme la Fondation autochtone de guérison » qui visait à répondre aux besoins des survivants des pensionnats.
Exposés sur les nouvelles approches de la santé autochtone
Le CCNSA, qui a également organisé un atelier d'une demi-journée sur les méthodes collaboratives pour « briser le cycle intergénérationnel » de la maladie chronique et des problèmes hérités de la colonisation, a animé une séance sur les « Déterminants sociaux de la santé selon le point de vue des Premières nations, des Inuits et des Métis », avec des exposés sur le sexe et la santé des femmes en lien avec les communautés des Premières nations; le développement des jeunes enfants selon un point de vue métis ainsi que l'environnement et la sécurité alimentaire du point de vue inuit. Chaque exposé s'est penché sur les forces et les difficultés associées au travail effectué au sein d'un cadre de déterminants sociaux de la santé. Pour en savoir plus, consultez la page des discours et des exposés.